Ermenonville

Temple de la philosophie en contours

 

Le parc Jean-Jacques
Rousseau

" Rerum cognoscere causas "


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Droits réservés de l'auteur, Dominique Césari pour m'écrire
Page créée le 5 septembre 1999, dernière mise à jour le 5 mars 2006


Notes
  1. Le marquis René de Girardin hérita en 1761 de son grand père maternel, René Hatte, fermier général. Il reçut Ermenonville, dont il prit possession en 1763.
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  3. Le marquis René de Girardin, frayait-il avec l'occultisme ? Gérard de Nerval cite les soirées organisées à Ermenonville avec le comte de Saint-Germain, Cagliostro et Mesmer, grands prêtres notoires de ces pratiques. Mme Mazel en fait état comme acquises, mais en relevant que l'on ne voyait pas à cette époque de distinction stricte entre les expériences "scientifiques" et l'occultisme. Michel Conan, dans la postface de l'édition de Champ-Vallon (op. cit.), est beaucoup plus réservé. Ce qui est certain, c'est que le déroulement réel ou supposé de ces séances fit croire pendant la Terreur que le marquis avait comploté.
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  5. Le bruit courut que J.-J. Rousseau se serait suicidé : d'un coup de pistolet (car il avait une blessure au crâne, peut-être due à une chute pendant son malaise), ou empoisonné ... Pourtant, les raisons du décès sont claires : crise d'apoplexie comme on disait autrefois. L'autopsie révéla une dégradation avancée de sa circulation cérébrale, avec un gros volume de sérosités.
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  7. Jean-Jacques Rousseau, enchanté par son accueil à Ermenonville, avait exprimé par écrit la volonté d'y être enterré. Puisqu'il n'y a passé que six semaines il prit cette disposition très rapidement. Mort le 2 juillet dans la matinée, il fut inhumé le 4 à minuit. Le corps fut transporté en barque jusqu'à l'île des peupliers, les paysans, tenant des torches, faisant une haie sur les rives.

    En 1794, quand le transport des restes au Panthéon fut envisagé, le marquis de Girardin donna son accord. Il s'exprimait sans doute contre sa conviction intime, sous la crainte de l'effet d'un refus : il était en effet, sans fondement, devenu suspect et susceptible d'entrer dans la terrible spirale d'accusation conduisant à l'échafaud. Bonaparte lui-même songea vers 1800 à faire réinstaller les restes de J.-J. Rousseau dans le tombeau de l'île des Peupliers. Il donna même l'ordre de préparer le transfert, par écrit comme à son habitude. Mais il ne persévéra pas.

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  9. article 2 du décret des suspects (texte lu sur Wikipédia)

    Sont réputés gens suspects :
    1° ceux qui, soit par leur conduite, soit par leur relations, soit par leur propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme, et ennemis de la liberté ;
    2° ceux qui ne pourront pas justifier, de la manière prescrite par le décret du 21 Mars dernier, de leurs moyens d’exister et de l'acquit de leurs devoirs civiques ;
    3° ceux à qui il a été refusé des certificats de civisme ;
    4° les fonctionnaires publics suspendus ou destitués de leurs fonctions par la Convention nationale ou ses commissaires, et non réintégrés, notamment ceux qui ont été ou doivent être destitués en vertu du décret du 14 août dernier ;
    5° ceux des ci-devants nobles, ensemble les maris, femmes, pères, mères, fils ou filles, frère sou sœurs, et agens d'émigrés, qui n'ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution ;
    6° ceux qui ont émigré dans l'intervalle du 1er juillet 1789 à la publication du décret du 30 mars - 8 avril 1792, quoiqu'ils soient rentrés en France dans le délai fixé par ce décret, ou précédemment.

    auxquels l'article 10 ajoute   les prévenus de délits à l'égard desquels il sera déclaré n'y avoir pas lieu à accusation, ou qui seraient acquittés des accusations portées contre eux.
    la "loi des suspects" du 17 septembre 1793 est en fait un décret du 17 appliquant la loi du 12           voir aussi un texte fleuri explicitant des attitudes suspectes :
    sur l'application de la loi des suspects, voir par exemple le site Révolution
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  11. Le marquis de Girardin se détourna définitivement de son parc et commença une nouvelle vie à Vernouillet, avec son ami le chevalier Tautest-Duplain et son entourage. Il alla jusqu'à aménager un nouveau jardin, bien moins ambitieux, dont certains éléments subsistaient encore il y a quelques décennies.
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  13. Bonaparte se rendait à Mortefontaine chez son frère Joseph. Il s'y délassait en chassant le lapin ... mais, jamais en repos, y songeait aussi à son destin, puisqu'il y eut une entrevue décisive, préparatoire du 18 Brumaire. A une de ces occasions (à la fin de l'été 1801), il visita Ermenonville, distant de moins de dix kilomètres. C'est avec Stanislas de Girardin qu'il eut la conversation célèbre autour du tombeau de Rousseau, et non pas avec René de Girardin comme on le lit parfois :
    S'étant recueilli, Bonaparte eut cette réflexion : " Il aurait mieux valu pour le repos de la France, que cet homme n'eût pas existé ... "
    " Et pourquoi, citoyen Consul ? " lui dit Stanislas
    " C'est lui qui a préparé la Révolution française. "
    " Je croyais, citoyen Consul, que ce n'était pas à vous de vous plaindre de la Révolution "
    " Eh bien ! l'avenir apprendra s'il n'eût pas mieux valu, pour le repos de la Terre, que ni Rousseau ni moi n'eussions jamais existé. " conclut Bonaparte.
                (source : Mémoires de Stanislas)
    Avec son réalisme et son parler sans excès de formes, le Premier consul qualifia en outre le marquis de "foutu original".
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  15. Les peupliers ont même été replantés ... deux fois, car la première n'était pas la bonne. Au fait, vous croyiez peut-être que les peupliers des cartes postales anciennes sont ceux qui ont veillé la dépouille de Rousseau ? Pas trop de romantisme (ce serait pourtant le moment ...), un peuplier ne dépasse pas quelques décennies.
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  17. Dédicace du temple à Montaigne :
    Hoc templum inchoatum
    Philosophiae nondum perfectae
    Michaeli Montaigne
    Qui omnia dixit,
    Sacrum esto ! ...
    (cette inscription a disparu)
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  19. La citation de Virgile est extraite des vers suivants :

    Felix qui potuit rerum cognoscere causas
    atque metus omnis et inexorabile fatum
    subiecit pedibus

    Heureux qui a pu connaître la raison des choses,
    terrasser toutes les peurs, et l'inexorable destin
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  21. Jean-Jacques Rousseau était protestant et ne pouvait être inhumé au cimetière . D'où la sépulture dans l'île des Peupliers. De même Mayer, peintre d'origine alsacienne, lui aussi protestant et hôte du marquis, mort au domaine, fut enterré sur la rive de l'étang, face à l'île. C'est encore la raison du tombeau "de l'inconnu" qui s'était donné la mort dans le parc, également interdit de cimetière du fait de son suicide.
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  23. L'inscription de la grotte des naïades lue sur place comporte des divergences avec la transcription de "Promenade ou itinéraires des jardins d'Ermenonville" que voici :

    Nous Fées et gentilles Naïades
    Etablissons icy notre séjour :
    Nous nous plaisons au bruit de ces cascades
    Mais nul mortel ne nous voit en plein jour:
    C'est seulement quand Diane, amoureuse,
    Vint se mirer au cristal de ces eaux,
    Qu'un poète a pensé, dans une verve heureuse
    Entrevoir nos attraits à travers les roseaux.
    O vous qui visitez ces champêtres prairies,
    Voulez vous jouir du destin le plus doux?
    N'ayez jamais que douces fantaisies,
    Et que vos coeurs soient simples comme nous.
    Lors, bien venus dans nos rians bocages,
    Puisse l'Amour vous combler de faveurs !
    Mais maudits soient les insensibles coeurs
    De ceux qui briseraient, dans leurs humeurs sauvages,
    Nos tendres arbrisseaux et nos gentilles fleurs !

    Mais le texte sur place semble avoir été reconstitué dans le ciment.
    son début est :


    Nous Fées et gentilles Nayades
    Etablissons icy notre séjour :
    Nous nous plaisons au bruit de ces Cascades
    Mais nul mortel ne nous voit en plein jour
    C'est seulement lorsque Diane, amoureuse,
    Vient se mirer au Christal de ces eaux,
    Qu'un tendre Poète a cru, dans une verve heureuse
    Entrevoir nos attraits à travers les roseaux.
    O vous qui visitez ces Champêtres prairies,
    ...
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  25. Le tombeau définitif de Lesueur décrit ci-dessus a remplacé un premier tombeau installé rapidement, qui avait la forme d'une stèle cubique massive, surmontée d'une urne. Selon la date de leur exécution, les gravures représentent le premier ou le second, que l'on distingue facilement l'un de l'autre.

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  27. L'inscription de la borne d'entrée comprend deux parties.
                      Celle du haut :
    Le jardin, le bon ton, l'usage,
    Peut être Anglais, Français, Chinois;
    Mais les eaux, les près et les bois,
    La Nature et le paysage,
    Sont de tout temps, de tout pays;
    Aussi, dans ce canton sauvage
    Tous les hommes seront amis
    Et tous les langages admis.

                      En bas :
    Ici commence la carrière
    D'un doux et champêtre loisir.
    Chacun au gré de son plaisir,
    A chaque borne milliaire,
    Peut, ou poursuivre ou s'arrêter.
    Dans l'étroit sentier de la vie,
    Par le sort ou la fantaisie,
    Chacun se sent précipiter;
    Mais pour ne jamais culbuter
    Dans l'abîme de la misère,
    Le seul moyen est de bien faire
    Ou bien de savoir s'arrêter.
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  29. René de Girardin tira une grande partie de son inspiration des jardins anglais qu'il avait visités vers 1760, en particulier les Leasowes. Il fut d'autre part grandement influencé par les écrits de J.-J. Rousseau dans ses vues sur le rapport de l'habitat et du paysage. L'oeuvre du marquis " De la composition des paysages " fut traduit en anglais et publié à Londres en 1783. Il eut un certain retentissement en Angleterre. Par exemple, les jardins de Kilfane (Irlande, 1810) et sa cascade "arrangée" sont directement inspirés du romantisme et de l'ouvrage du marquis. The Grove dans le Middlesex également, où une réplique du tombeau de l'Ile des Peupliers fut construite dans les années 1800, sur une île artificielle entourée d'un étang aujourd'hui asséché. Dans d'autres pays d'Europe, des parcs s'ornèrent "d'île de Rousseau" (Mergentheim, Wörlitz, ...). Celle de Wörlitz reproduit fidèlement la disposition des lieux et porte un cénotaphe analogue au premier tombeau, en forme de stèle avec urne.
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  31. Jean-Marie Morel (1728-1810), architecte français, se spécialisa dans l'architecture de jardins. Voir sa notice biographique. Il conseilla de Girardin pour le jardin d'Ermenonville. Il eut la prétention de se présenter comme créateur du parc. Dans son ouvrage, il soutient avoir décidé de l'ensemble des grandes orientations (page 243 " Tel étoit Ermenonville quand il fut confié à mes soins " jusqu'à page 256 "Voila en quel état étoient les Jardins d'Ermenonville quand j'ai cessé de les diriger") puis avoir laissé à d'autres (le marquis), le soin des détails, qu'il désapprouve ! En effet, il est hostile aux fabriques : pages 227 à 229 " qu'y a-t-il surtout de plus déraisonnable que cette association de tous les genres, anciens et modernes, grecs et gothiques, turcs et chinois, ... un pont ne peut-il être que chinois ? " (pagination du document électronique).
    E. de Ganay (article de 1925) a montré que Morel n'a pas une part prépondérante dans la création d'Ermenonville.
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  33. " Ici commence le court bonheur de ma vie ; ici viennent les paisibles mais rapides moments qui m'ont donné le droit de dire que j'ai vécu. "
    ...

    " Rien de tout ce qui m'est arrivé durant cette époque chérie, rien de ce que j'ai fait, dit et pensé tout le temps qu'elle a duré n'est échappé de ma mémoire. Les temps qui précèdent et qui suivent me reviennent par intervalles; je me les rappelle inégalement et confusément; mais je me rappelle celui-là tout entier comme s'il durait encore. "

    J.J. Rousseau - Les Confessions - Livre VI    

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