Dans la suite des parcs à fabriques

Temple de Vesta en contours

 

La Garenne-Lemot

" ET IN ARCADIA EGO "




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Copyright de l'auteur, <Dominique Césari>, tous droits réservés.
Page créée le 22 juillet 2001,  mise à jour le : 26 août 2002


Notes
  1. La présentation que vous lisez est orientée vers les fabriques, le reste n'est qu'esquissé en tant qu'environnement. Toutefois ces autres aspects du domaine sont prépondérants. D'ailleurs l'italianisme de Clisson et sa région déborde largement le cadre de La Garenne-Lemot.
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  3. Lemot fit son séjour à la Villa Médicis de 1790 à 1793; il s'était donc imprégné de l'Italie et de l'antique classique. Mathurin Crucy, de vingt ans son aîné, l'y avait précédé.
    Depuis la Renaissance, l'art classique avait posé l'Antique en horizon absolu. La Grèce étant tombée en abandon, Rome en était depuis longtemps le foyer, et les artistes ambitieux devaient y compléter leur formation par un long séjour. Les gens de goût s'y frottaient par le "Grand Tour" .
    Voir la thèse de Gilles BERTRAND : "Le Grand Tour revisité. Pour une archéologie du tourisme. Le voyage des Français en Italie, milieu XVIIIe siècle-début XIXe siècle". Paris, EHESS, 21 janvier 2000
    Par ailleurs, c'est vers cette période que s'éveilla la reprise d'intérêt pour la Grèce en tant que source directe de l'art antique.
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  5. Mathurin Crucy (1749 - 1826) est un des grands architectes nantais de la fin du 18ème et du début du 19ème. On lui doit en particulier la Bourse de Nantes, le théâtre Graslin, le plan d'aménagement de l'élégante bordure nord est du coeur de ville et la place Royale en coopération avec Ceineray.
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  7. L'abbé Delille écrivit en vers son oeuvre "Jardins". La sentence est tirée d'une phrase plus longue du Chant IV, page 97 (pagination du document électronique CNRS). Elle fut d'abord gravée sur un énorme rocher du parc du château de Mortefontaine, village voisin d'Ermenonville. Gravée sur un rocher, elle donne à penser que le rocher a fatigué le temps et son sens paraît quelque peu ridicule. En réalité l'abbé Delille a écrit "leur masse indestructible a fatigué le temps", il vise les monuments de la Rome antique. Rétabli dans son texte, ce membre de phrase n'est pas du tout choquant.
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  9. Lemot n'était pas né avec une cuillère en argent dans la bouche et il oeuvra à sa réussite sociale, obéissant à l'Empire, puis flattant la Restauration. Il accéda au poste de professeur aux Beaux-Arts, consécration officielle du plus haut niveau, puis fut membre de l'Institut.
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  11. Pourquoi un montoir ? Tout cavalier sait qu'on enfourche sa monture d'un coup de rein accompagné d'une traction des bras après avoir glissé un pied dans l'étrier et saisi la selle à deux mains, l'une au pommeau et l'autre au troussequin. Il faut être ventripotent ou bien mou pour se faire assister.

    Mais les Romains ne connaissaient pas l'étrier et montaient jambes ballantes. D'où la nécessité d'un petit marche-pied pour se hisser, et sa présence dans le contexte de la borne milliaire.

    Dans cet esprit, Lemot a représenté Louis XIV en cavalier romain pour sa sculpture définitive de la place Bellecour à Lyon, dépourvue d'étriers.
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  13. Poussin a peint deux tableaux "les bergers d'Arcadie". Il s'y attache deux interprétations différentes de "Et in Arcadia ego" Le tombeau à l'antique vise le second tableau , conservé au Louvre, où les bergers sont statiques et accompagnés d'une femme. C'est le sens classique, celui qui était retenu au 18ème siècle, ou encore par Goethe et Nietzsche :
      " Et moi aussi (le défunt inhumé dans le tombeau), je fus un jour en Arcadie (dans le bonheur de vivre) "

    En effet, Lemot s'inspirait de l'abbé Delille qui dans les "Jardins" (op. cit. p 83) utilisait l'expression dans ce sens :

    Imitez le Poussin. Aux fêtes bocagères
    il nous peint des bergers et de jeunes bergères,
    les bras entrelacés dansant sous des ormeaux,
    et près d'eux une tombe où sont écrits ces mots :
    et moi, je fus aussi pasteur dans l' Arcadie.
    ce tableau des plaisirs, du néant de la vie,
    semble dire : " mortels, hâtez-vous de jouir ;
    jeux, danses et bergers, tout va s' évanouir "

    C'est à juste titre le sens indiqué dans les Cahiers de l'Inventaire n°21 cité en bibliographie.
    Mais le sens est fort discuté . Si vous faites une recherche bibliographique, attendez-vous à être noyé sous les spéculations des amateurs de fantastique.

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  15. Dans le Cahier de l'Inventaire n°21, le poème du rocher Rousseau est signalé page 179 comme adapté de celui de la "grotte des nymphes" d'Ermenonville, lui-même inspiré de Shenstone (voir les Leasowes). C'est une petite erreur de cet ouvrage, par ailleurs très solidement rédigé, sinon savant (il n'y a pas de grotte des nymphes à Ermenonville).

    L'ensemble des auteurs traitant d'Ermenonville, de Thiébaud de Berneaud à Samaran (qui reprend Berneaud), signalent que ce poème était gravé sur la grotte de la fontaine. Dans la "Promenade ou itinéraire des jardins d'Ermenonville" de 1788 (op. cit.), l'inscription est reproduite après un passage consacré au bocage. La grotte de la fontaine n'est pas mentionnée explicitement, mais comme la description suit le déroulement d'une promenade et que la grotte de la fontaine est proche du bocage, ceci est parfaitement homogène à la localisation de Berneaud/Samaran. La grotte de la fontaine n'existe plus.

    Par ailleurs, il ne s'agit pas d'une confusion avec la grotte des naïades, également citée page 184 du Cahier, dont l'inscription, correctement attribuée, commence par "Nous fées et gentilles nayades .."   Les sources indiquées dans le Cahier de l'Inventaire sont :
    - pour la citation de la grotte des naïades (réf 168 du ch 7) : "Copie des inscriptions dans l'enceinte du parc d'Ermenonville etc.."
    - pour le rocher Rousseau (réf 126 du ch 7) : catalogue de l'exposition "Jardins en France 1760-1820 Paris 1977", citation indirecte moins sure.

    Le texte de la grotte des naïades d'Ermenonville est assurément la traduction d'une inscription des Leasowes. En revanche, je n'ai pas trouvé l'inscription ou la poésie de Shenstone dont le texte de la grotte de la fontaine serait la démarque.

    Le texte du rocher Rousseau à la Garenne-Lemot est le suivant :

    Ô limpide rivière, Ô rivière chérie,
    puisse la sotte vanité
    ne jamais dédaigner ta rive humble et fleurie,
    que ton simple sentier ne soit point fréquenté
    par aucuns tourments de la vie,
    tels que l'ambition, l'envie,
    l'avarice et la fausseté.
    Un bocage si frais, un séjour si tranquille,
    aux tendres sentiments doit seul servir d'asile.
    Ces rameaux amoureux entrelassés exprès,
    aux Muses, aux Amours, offrent leur voile épais.
    Et ce cristal d'une onde pure,
    à jamais ne doit réfléchir
    que les grâces de la Nature
    et les images du plaisir.
    C'est la transcription de l'inscription d'Ermenonville donnée par la "Promenade ou itinéraire des jardins d'Ermenonville", au premier vers près, adapté au contexte d'une rivière à Clisson au lieu d'une fontaine à Ermenonville. Le premier vers y est :
    Ô limpide fontaine, Ô fontaine chérie !
    La transcription de Thiébaud de Berneaud est quelque peu différente :
    Ô limpide fontaine, Ô fontaine chérie !
    puisse la sotte vanité
    ne jamais dédaigner ta rive humble et fleurie,
    que ce simple sentier ne soit point fréquenté
    par l'ambition et par l'envie !
    Un bocage si frais, un séjour si tranquille,
    aux tendres sentiments doit seul servir d'asile.
    Ces rameaux amoureux entrelacés exprès,
    aux Muses, aux Amours, offrent leur voile épais.
    Et le cristal d'une onde pure,
    à notre oeil ne veut réfléchir
    que les grâces de la Nature
    et les images du plaisir.


    J'aurais tendance à croire Berneaud, car, bien que son travail soit postérieur d'une vingtaine d'années, il a une démarche scientifique et a visité de près Ermenonville. Mais, précisément pour cette inscription, il ne spécifie pas qu'il l'a lue sur place.
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